Le Cheval Islandais

Les terres d’Islande ont été officialisées par Ingolfur Arnarsson autour de l’an 874, même s’il y a de forts signes d’une colonisation antérieure par des familles de Vikings et par des moines irlandais. Durant cette période, le cheval jouait déjà sur le continent un rôle important.

IcelandViking-e7f72

viking2.jpg

En Islande, cependant, son rôle devait encore augmenter. Ce n’est pas seulement dans les Sagas du Moyen-Age, mais aussi par des vestiges archéologiques qu’on peut voir l’immense importance du cheval islandais pour les Vikings.

Pourquoi le cheval jusqu’ici a une aussi grande importance ? Le temps lors de la colonisation du pays fut rugueux, sauvage, et les glaciers, les rivières et les volcans actifs rendirent non seulement le déplacement difficile, mais les fleuves de lave en fusion ne permettaient pas d’avancer plus loin. La tombée subite de brouillard ou de neige rendait toute orientation impossible, il n’y avait pas de routes.

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que le cheval en tant que seul moyen de transport fut hautement apprécié. Et si l’on voulait arriver à destination de son voyage, le cheval devait alors être fiable, fort et durable, tout en devenant un partenaire, d’autant plus que de ces qualités dépendait souvent la vie ou la mort.

Utilisation

Les Vikings ont apporté leurs chevaux de la Norvège et des îles britanniques, des poneys robustes qui ont survécu au voyage d’une semaine en mer. Le cheval islandais est le résultat du croisement de ces deux races. Mais le cheval et les poneys celtiques ont beaucoup changé depuis, par contre, le poney fjord a gardé ses caractéristiques et depuis la colonisation du pays est resté inchangé.

Peu après l’ouverture du Allthing au 10e siècle (lieu de la Loi en vigueur en Islande), il a été décidé de ne plus admettre d’autres chevaux. L’île avait plus de chevaux que de pâturages et l’on craignait que les maladies sévissent sur le continent. Cette loi est applicable jusqu’à aujourd’hui.

En conséquence, le fjord a, depuis le début du Moyen-Age, élu domicile dans plus d’une ferme. Il est petit et extrêmement robuste et facile à entretenir. La saga raconte que, comme aujourd’hui, les Vikings Gernrode les élevaient dans des troupeaux mi-sauvages. Les poulains viennent au monde sans intervention humaine et apprennent tous les instincts nécessaires et indispensables, surtout pour vivre dans un pays aussi rude que l’Islande.

En particulier, il est apprécié en raison de ses “cinq allures”, dont la plus pratique est le Tölt. Grâce à cette allure particulière (une jambe est toujours au sol) le même cavalier reste presque immobile dans a selle même sur du terrain accidenté et peut donc facilement surmonter un long trajet. Un atout indispensable pour les Vikings qui font souvent des trajets de plusieurs jours. Il n’y a pas de preuve écrite sur la sélection de l’élevage par les Vikings mais il y eut une sélection naturelle due au climat islandais .

Les Vikings Gern utilisèrent les poils de chevaux pour rendre étanche leurs bateaux . Aussi , ils tressèrent des cordes très solides avec leurs crins .comme on n’a pas fait de découvertes de cette même utilisation en Islande , on ne peut dire avec certitude qu’elle a eut lieu. Par contre , le poil de cheval fut utilisé pour remplir les chaussures .

Le cheval fut également un symbole de richesse qui représentait le cavalier et sa famille . Et, dans cette fonction, tous les honneurs lui sont venus, mais aussi toutes les obligations.

Lors des réunions de l’Allthing on mit des étalons ensemble , un combat sanglant qui finira toujours par la mort d’un des deux combattants . Ces combats à cheval racontés dans de nombreuses légendes sont souvent déclencheurs d’une lutte entre leurs propriétaires. Aussi ils mirent quelques juments en vue de l’étalon et les propriétaires intervinrent avec des bâtons dans le combat pour “motiver” encore plus les chevaux à combattre . Ce que nous considérons comme torture aujourd’hui , était à l’époque un motif de fierté de l’étalon, qui a survécu à la lutte.

Légendes

Nos connaissances des terres en Islande reposent en grande partie sur des sources écrites. La littérature dite historique se subdivise en légendes sur les rois, les périodes du gouvernement et des descriptions des rois scandinaves ainsi que les histoires racontées par les familles des premiers colons et sur les soi-disant événements historiques enregistrés dans l’histoire de l’Islande (Íslendingabók, Landnámabók).

landbok-3b442

 islandbok-aad95

Les légendes racontant la vie des grandes familles ont été rédigées deux à trois ans après leur acte à une époque où régnait déjà le christianisme, régime souvent arbitraire. Elles étaient exploitées pour manipuler. Les véritables lieux de fouilles en Islande furent rarement mentionnés en tant que lieux de résidence, même si un grand aspect de l’Islande a toujours été l’archéologie et l’authenticité des pièces justificatives pour trouver les lieux où naquirent les légendes.

D’un autre côté, ce serait une erreur d’en conclure que tout cela n’est que pure imagination. Il convient de souligner que les fermes, mentionnées dans les légendes, sont presque toutes encore exploitées ou se trouvent sur les lieux cités de sorte que le plus souvent les fouilles se font dans les fermes abandonnées pour toujours. De récentes fouilles dans le Mosfelltal par exemple, le lieu de résidence traditionnel des Egils (légende des Egils), font d’ores et déjà penser aux correspondances avec les immenses légendes. Que l’on prenne les légendes comme sources historiques de personnes, elles donnent en tous cas une image de la société et des coutumes de l’époque, les choses qui étaient importantes, et celles qui ont été considérées comme valables.

Dans la Hrafnkatla, on nous raconte l’histoire de Hrafnkell et de son cheval Freyfaxi, qu’il dédia au dieu Freyr et qu’il fut le seul autorisé à le monter. On parle même d’un serment comme quoi il tuera chaque personne qui essayera de se hisser sur son cheval. Quand le fils du voisin monta Freyfaxi afin de récupérer des moutons qui s’étaient enfuis, Hrafnkell resta fidèle à son serment et le tua.

Un autre exemple célèbre de la grande importance du cheval : la légende de Sigriður Fafnisbani (que nous connaissons plutôt sous le nom de Siegfried, tueur de dragon). Quand celui-ci mourut, son cheval rejoignit sa femme au trot et celle-ci l’interrogea :

Plein de tristesse, je suis allé parler avec Grani, les joues humides.

Grani baissa sa tête dans l’herbe :

l’étalon sut, son maître est mort

(Edda : L’autre Gudrun, chanson, verset 5).

 

Comme le cheval est élevé dans la hiérarchie des valeurs, il permet également d’avoir une place dans la légende de Yngvar. Le roi peut donner 3 choses très précieuses: un bon cheval, une selle en or et un beau navire. Ainsi, le cheval semble passer avant.

La mention particulière des légendes avec des chevaux : les chevaux y sont mentionnés avec leurs noms.

Le premier à mentionner notamment le cheval se trouve dans le Landnámabók qui contient beaucoup de noms de colons venant surtout de la Norvège, ainsi que la répartition géographique de leurs terres et de petites anecdotes sur le pays. Bien que l’original du 11e siècle disparut, on considère ce livre comme une source sûre. On y raconte l’histoire de la jument Fluga qui, peu de temps avant l’arrivée, sauta par-dessus bord et nagea jusqu’à terre. Là, elle fut longtemps recherchée et finalement trouvée. Il est mentionné qu’elle était un bon cheval de course et a participé également à l’une des premières courses, très connue en Islande.

Le cheval comme symbole de la poésie mais aussi sur les descriptions poétiques, fait l’admiration en ventant la forme et la rapidité de l’animal. Dans l’Edda (le poème sur les dieux nordiques) on trouve de nombreuses comparaisons entre les navires et les chevaux. Il faisait donc clairement partie intégrante de la haute poésie :

Qui monte là sur l’étalon Räwils

par-dessus les vagues sauvages et la mer déchaînée?

De la sueur écumée de chevaux voilés :

Les chevaux des vagues ne tiendront pas le vent.

(Le Chant de Sigurd , tueur de dragon, verset 16)

Mythologie

Le culte des chevaux reposait déjà sur une longue tradition, comme les premiers colons arrivés en Islande. Ils ont amené leurs idées et leur foi sur l’île. Chevaux victimes, étalon de combat (à l’origine d’un rituel qui a été considéré plus tard seulement comme « sport »), et l’idée que le cheval est un animal sacré, la force se transmet sur son propriétaire ou sur son bourreau. Les Vikings continentaux de Gern étaient persuadés que les chevaux blancs étaient particulièrement sacrés et donc surtout sacrifiés. Que ce soit le cas en Islande est difficile à reconstituer.

La nourriture était la viande de cheval et ceci est étroitement lié à la foi des Vikings, de sorte que ce fut également un des premiers objectifs lors de l’attaque de l’Eglise, après que le christianisme se soit répandu. L’interdiction de manger de la viande de cheval n’a toutefois pas été suivie du peuple islandais car elle avait pendant longtemps pris une place très particulière voire importante. Le Íslendingabók (livre sur l’histoire de l’Islande) rédigé par Ari Þorgilsson en l’année 1125, rapporte la conversion des Islandais. Ils décidèrent d’accepter le christianisme mais l’ancien droit s’applique quand il s’agit de manger de la viande de cheval.

Le plus célèbre cheval de la mythologie scandinave est sans doute Sleipnir, le cheval à 8 pattes d’Odin. Son nom signifie « celui qui glisse » et décrit la rapidité et la beauté de cet animal. Produit par l’étalon Svaðifari et de Loki, qui avait pris la forme d’une jument, il dépasse Dieu dans le ciel, et comme chaque cheval, il porta son cavalier vers le Valhalla.

En outre, Grani le cheval de Sigurðurs qui a déjà été évoqué descend de Sleipnir et est exceptionnellement fort et une aide fidèle à son maître, comme par exemple lors du sauvetage de Brunhilde. L’univers très « humanisé » des dieux du monde scandinave reflète donc qu’ils avaient le même sujet de préoccupation que sur la terre. Un bon cheval est même indispensable pour un Dieu.

Toutefois, les chevaux n’ont pas servi seulement de victimes et lors de rituels de protection ou de fertilité. Ils ont également été utilisés pour pratiquer la magie noire. La malédiction la plus connue est sans doute celle du soi-disant niðstöng, une sorte de « totem de la honte », un pieu dans lequel on enfonçait le crâne d’un cheval. Le crâne était dirigé en direction de la victime et couvert d’une malédiction. Ceci était considéré comme la plus grande honte et insulte, dans la légende de Egils qui tenta de se venger d’un mauvais traitement avec le niðstöng. D’autres légendes en parlent aussi, comme par exemple la légende de Vatnsdæla où l’on mentionne un pieu avec une tête de cheval.

Fouilles Archéologiques

L’archéologie en Islande est un domaine encore relativement jeune, de sorte que l’on peut être curieux de ce que les fouilles vont fournir dans les prochaines années. La plupart des projets ne sont pas encore achevés et l’intérêt des Islandais pour leur propre histoire s’éveille lentement.

L’île, à cause de ses volcans actifs, est particulièrement bien pour les estimations de dates : les dépôts de cendres volcaniques ont créé comme des « scénarios » dans le sol et ont permis une sauvegarde souvent intacte. Une découverte qui se trouve au-dessus du dépôt est donc plus jeune. Les découvertes déjà faites laissent à penser que le cheval a une très grande importance. Les tombes avec des ossements de cheval sont appelées hrosskuml. En Islande la proportion de chevaux trouvés est impressionnante et ils constituent le plus souvent la majorité de l’inventaires des tombes. En outre, ils fournissent également des informations sur l’utilisation et l’état des chevaux. 90% des vestiges découverts sont des os, surtout dans les fermes et il n’est pas étonnant que la plupart d’entre eux montrent leur usage. Ainsi, il est clair que le cheval servait de nourriture et que certains de ses os furent utilisés comme support pour de la sculpture.

Les tombes islandaises ne sont pas aussi magnifiques que celle des pays continentaux. Comme partout, des tombes ont été pillées, mais l’île n’avait pas non plus de Royauté. Même s’il régnait un ordre hiérarchique, les conditions de propriété semblaient modérées par rapport au continent.

On a découvert jusqu’à maintenant environ 110 squelettes de chevaux ou du moins une partie. La plupart du temps, les chevaux sont enterrés dans la même tombe que leur cavalier, quelquefois cependant aussi dans une tombe se trouvant à très peu de distance de celui-ci. Le cheval fut le plus souvent peu de temps avant égorgé ou assommé par un objet très lourd.

Dans la région de Skriðadalur on a trouvé le tombeau d’un homme avec son cheval couché à ses pieds. Il était sellé et bridé, de sorte que l’homme puisse sauter dessus au bon moment pour chevaucher vers le valhalla. La tombe était bordée de peau que l’on suppose être de la peau de cheval. Ce serait apparemment le premier exemple d’enroulement du corps dans de la peau en Islande. Les os du squelette laissent à supposer qu’il s’agissait d’un jeune cheval assez fort. Le cavalier devait laisser une bonne impression et être rapide, même dans la mort.

La tombe de Grimsstaður dans le nord de l’île offre un exemple de funérailles comme on en avait jamais vu dans la culture viking : deux chevaux ont été enterrés en échangeant leurs moitiés, de sorte que la partie avant d’un cheval était allongée avec la partie arrière de l’autre.

Bien qu’on ait pas trouvé de vestiges de selles, on a cependant trouvé des fragments qui laissent croire à son existence, ainsi que des fragments de harnais. Le fer à cheval n’avait pas encore été diffusé, tous les autres composants du harnachement étaient déjà connus. Par contre, aucune découverte de bijoux ni de pierres en forme de cheval n’a été faite et cela non plus dans les objets de la vie quotidienne. Près de Faröern on a cependant découvert des jouets en bois en forme de cheval.

Or, pas seulement les tombeaux témoignent de l’estime accordée au cheval. De nombreux noms de lieux montrent clairement qu’il était toujours présent dans les pensées des Vikings : Hestavatn (chevaux de l’eau ou du lac), les deux îles Hestur et Koltur (chevaux et poulains) etc…

tombe_de_havgrim-00808

Petite Anecdote pour conclure

 En 1944, le roi du Danemark a autorisé l’Islandais Ólafur Bergsson à être enterré avec son cheval Blesi. En dépit des protestations de l’évêque personne n’a voulu changer Bergsson de place et 2 pierres tombales (pour lui et pour son cheval) ont été érigées. Ce fut le dernier Islandais à être enterré avec son cheval.

Même sans cet étonnant maintien d’une tradition écrite et de découvertes archéologiques, on voit clairement que l’introduction du cheval en Islande tient une place particulière.

 

Auteur de l’article Alexandra Kelpin
Un grand merci à l’équipe du site web Tempus Vivit

 Photos des chevaux par M.H. et D. Mathivet

Click on a tab to select how you'd like to leave your comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *