Chevaux fougueux/paresseux

Voilà donc ce qu’il faut observer pour n’être point trompé lorsqu’on achète soit un cheval, soit un poulain, et pour ne point non plus le gâter en s’en servant, surtout si on veut le rendre tel que doit être un cheval de guerre.

Rappel des épisodes précédents

Peut-être ne sera-t-il pas hors de propos maintenant de marquer comment on devra traiter un cheval fougueux ou paresseux, si par hasard on se trouve dans le cas d’en monter de pareils. Il faut savoir premièrement que la fougue est au cheval ce que la colère est à l’homme ; et comme un homme ne se met point en colère si on ne l’offense en actions ou en paroles, de même un cheval, quelque impatient qu’il soit, ne se fâchera jamais si on ne lui fait quelque déplaisir.

Pour Xénophon, un cheval fougueux est un cheval colérique, qu’il faut donc prendre « avec des pincettes ». Ne pas oubliez que seuls les étalons sont montés (pas de castrations, et les juments sont dédiées à la reproduction et à l’attelage), ce qui amène souvent à des chevaux fougueux…

Le premier point sera dans l’action de monter à cheval, d’éviter avec soin tout ce qui peut le chagriner ; puis, lorsqu’on sera en selle, on doit d’abord se tenir tranquille un peu plus qu’il n’est d’usage aux autres chevaux, ensuite le mettre en mouvement par des aides très douces ; et ainsi partant de l’allure la plus lente, l’accélérer par degrés, de sorte qu’il se trouve au galop sans, pour ainsi dire, s’en être aperçu. Toute aide brusque trouble un cheval impatient, comme tout bruit, toute apparition, toute sensation soudaine trouble l’homme : généralement le cheval appréhende et se brouille à tout ce qui est trop subit.

La règle de base donc : actions douces, attention, tranquillité, pour garder le cheval calme.

Si sa fouge l’emporte, pour s’en rendre le maître, il ne faut pas tirer la bride tout à coup, mais la ramener doucement à soi, et, par graduations, le réduire sans violence.

Là encore, Xénophon brille par sa clair-voyance : on n’arrête pas un cheval en tirant dessus, on prend et on rend, dans le calme.

Les courses droites le calmeront mieux que les voltes et contre-voltes, et si on les faits non rapides, mais longues, elles arrêteront, sans l’irriter, le cheval impatient. Que si quelqu’un, en le faisant courir à perte d’haleine, pense l’adoucir, qu’il se trompe ; car alors sa fougue naturelle se changera en fureur, puis on le pousse, plus il s’emporte et souvent (ainsi qu’il arrive à l’homme dans la colère) il se fait à lui-même et à qui le monte des maux sans remède.

Xénophon conseille ici de ne jamais pousser un cheval nerveux, mais de le laisser aller dans des grandes allées de galop, et le laisser se calmer, car un cheval fougueux peut devenir très dangereux.

Il faut retenir le cheval fougueux et l’empêcher de trop se lancer, mais surtout éviter les courses de cheval contre cheval à l’envi l’un de l’autre ; car presque toujours ceux qui montrent le plus d’ardeur et d’émulation deviennent les plus impatients.

Là, c’est assez évident : on ne s’amuse pas à faire la course avec un cheval fougueux difficile à maîtriser…

Le mors vaudra mieux doux que dur, mais si on emploie un mors dur, il faut le rendre doux par la légèreté de la main. Il est bon de s’accoutumer à garder en selle l’immobilité, surtout si on monte un cheval impatient, et à ne le toucher que par les points qui doivent être en contact pour que l’homme soit bien assis.

[bleu]Xénophon n’est pas un maître pour rien : il faut préférer les mors doux, et avoir une main douce et légère, avec un cavalier immobile qui possède l’indépendance des aides.

Le cheval apprendra encore, et c’est une leçon nécessaire, à se calmer lorsqu’on le pipe, et à s’animer au temps de langue : mais si dans les commencements, on joint les caresse au temps de langue, et la rigueur au piper, il prendra l’habitude contraire, se calmera au temps, et s’animera aussitôt qu’il s’entendra piper.

La voix est aussi utilisée : piper (siffler) provoquera l’arrêt, alors que le claquement de langue provoquera le mouvement. Ces aides sont encore utilisés par certains meneurs ou cavaliers.

Il faut éviter soi-même d’éprouver, au son de trompette ou au cri de la charge, aucun tressaillement dont le cheval s’aperçoive, et encore plus de rien faire alors qui puisse le troubler ; mais, autant qu’on pourra en pareille rencontre, on tâchera de le rendre tranquille, et même, s’il est possible, on le fera manger au bruit.

Là encore, vous le savez : un cheval nerveux le sera encore plus avec un cavalier nerveux. Il faut donc rester maitre de soi. De plus, il faut le désensibiliser aux bruits (il conseille de le faire manger dans un lieu bruyant).

Après tout, le meilleur conseil qu’on puisse suivre, c’est de n’avoir point pour la guerre de chevaux trop ardents. Quant au cheval lâche et paresseux, c’est assez de dire qu’il faut avec lui employer les traitements contraires qu’on a prescrit pour les chevaux fougueux.

Pour les chevaux paresseux, il conseille donc seulement d’appliquer l’inverse de ce qu’il a dit avant, histoire de le rendre plus réactif (donc un cavalier plus actif, des aides plus marquées…). Mais aucun des deux caractères n’est vraiment recherché pour la guerre.

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