Choix du cheval adulte

Après avoir vu comment choisir un poulain, nous allons maintenant parler du choix d’un cheval adulte, débourré et dressé.

Maintenant nous allons marquer les instructions qu’il faut avoir pour n’être pas trompé lorsqu’on achète un cheval tout dressé. Son âge doit se savoir d’abord ; car celui qui ne marque plus ne flatte d’aucune espérance, et l’acheteur ne peut, dans la suite, s’en défaire aussi aisément.

Le premier point dont parle Xénophon est l’âge. En effet, surtout dans un but guerrier, il vaut mieux des chevaux jeunes (qui sont plus faciles à revendre en plus). Les papiers n’existant pas, c’est en regardant les dents que l’on sait l’âge d’un cheval. On dit que le cheval « marque » lors que ses dents présentent encore les signes d’usures et permettent donc de donner un âge plus ou moins précis. A partir de 12 ans environ, un cheval « ne marque plus », c’est à dire que ses dents sont usées sur la surface en contact avec les autres dents (surface qui est donc lisse) et qu’il n’est plus possible d’estimer l’âge de cette façon. Xénophon indique donc ici de ne pas acheter des chevaux « qui ne marquent plus » car ils sont forcément âgés.

Quand sa jeunesse est hors de doute, il faut voir comment il se laisse mettre le mors dans la bouche, et passer la têtière par-dessus les oreilles ; c’est ce qu’on éclaircira en le faisant brider et débrider devant soi. Ensuite on examinera comment il reçoit le cavalier sur son dos : car beaucoup de chevaux se défendent de ce qui leur annonce le travail. C’est encore une chose à savoir, si, étant monté, il s’éloigne volontiers des autres chevaux, ou si, passant à peu de distance, il ne s’emporte pas pour les aller joindre. Il y en a même qui, du manège, s’échappent vers l’écurie, et ce vice provient d’une mauvaise éducation.

Plusieurs points à tester ici :

– le cheval doit se laisser brider correctement

– le cheval doit se laisser monter facilement

– il doit savoir s’éloigner des autres.

En gros, il doit être éduqué et avoir confiance en l’homme, car seul un cheval confiant passera ces tests sans soucis.

Ceux qui ont la bouche fausse se reconnaissent d’abord à la leçon qu’on appelle l’entrave, mais mieux en variant la piste dans différents sens : car on en voit beaucoup qui ne forcent point la main, quoique ayant mauvaise bouche, s’ils ne se trouvent portés directement vers la maison.

Qu’est ce qu’un cheval à la bouche fausse ? Il s’agit d’un cheval qui ne répond pas aussi bien aux actions de main des deux cotés (par exemple un cheval qui tourne facilement à droite mais difficilement à gauche). On croyait à l’époque que cela venait d’une bouche plus sensible sur une barre que sur l’autre, on sait maintenant qu’il s’agit en fait d’un manque d’éducation et/ou d’un problème de souplesse.

Xénophon nous demande donc ici de vérifier que le cheval va aussi facilement à droite qu’à gauche et propose la leçon de l’entrave. Quoi, des entraves ?? Que nenni, la leçon de l’entrave n’a rien à voir avec les entraves qui empêchent le cheval d’avancer. Il s’agit en fait d’une figure de manège dont il existe deux types :

– l’entrave simple : il s’agit tout simplement de faire un 8 de chiffre, qui a la forme d’une entrave (ne pas oublier que le chiffre 8 n’est pas connu, les chiffres arabes n’étant découverts en Europe qu’au début du 10ème siècle, 8 s’écrivant en grec ancien ΓΙΙΙ ou η selon le système utilisé)

– l’entrave allongée, qui correspond à faire des diagonales que l’on rejoint par des ½ cercles (donc un 8 aplati au centre).

Xénophon conseille donc de vérifier que le cheval répond aux changements de main dans les deux sens, en allant vers ou en s’éloignant de la maison.

Il faut s’assurer encore si, étant lancés à toute bride, ils forment un arrêt court, et font volontairement la demi-volte. Puis il est à propos de ne pas ignorer si le cheval obéit également bien après qu’on lui a fait sentir la gaule ou l’éperon. Tout autre animal de service, tout valet qui n’obéit pas ne sert à rien ; mais le cheval désobéissant n’est pas seulement inutile, il nous trahit souvent et vous livre à l’ennemi. Nous supposons qu’on achète un cheval pour la guerre ; et par conséquent il faut l’éprouver à tous les usages que la guerre peut exiger, comme à sauter les fossés, franchir les murailles sèches qui séparent les champs, s’élancer sur les tertres, en descendre d’un saut ; dans les pentes rapides, courir à val, à contre-mont, ou obliquement : c’est à ces preuves que l’on connaîtra s’il a le corps sain et l’âme généreuse.

Il demande ici de vérifier qu’il s’arrête facilement et qu’il tourne court (la demi-volte est plus un ½ tour sur les hanches que la ½ volte actuelle). L’exercice arrêt-1/2 tour est donc le rollback des cavaliers western actuels. Le cheval doit supporter la cravache ou l’éperon si besoin.

Enfin Xénophon conseille de tester le cheval en extérieur, sur des difficultés naturelles (la guerre ne se fait pas en manège…) donc il faut vérifier que le cheval saute les fossés, les murets, passe les contre-bas et contre-haut et peut galoper dans tous les sens (en montée, en descente, en oblique).

Il ne faut pas néanmoins rejeter d’abord un cheval parce qu’il ne ferait pas également bien toutes ces choses : plusieurs manquent, non par impuissance, mais par ignorance, qui instruits, dressés, exercés, exécuteront parfaitement tout ce qu’on leur demander, s’ils n’ont d’ailleurs ni maladie ni mauvaise habitude.

Attention ici, Xénophon précise bien qu’un cheval qui ne saurait faire tous les exercices demandés parce qu’il ne les a pas appris n’est pas à rejeter. Il ne faut rejeter que ceux qui connaissent les exercices mais refusent de les faire en s’y opposant.

Qu’on se garde surtout de ceux qui sont ombrageux par nature ; car un cheval peureux non-seulement empêche de frapper l’ennemi, mais souvent renverse le cavalier et le jette dans les plus grands périls. Il importe encore de savoir si le cheval n’est point hargneux (soit aux hommes, soit aux chevaux), ou chatouilleux, tous défauts fâcheux pour le maître.

Là, c’est le caractère qu’on regarde. Le cheval doit aller sur le champ de bataille, et la vie des deux (cheval comme cavalier) est en jeu. Il faut donc éliminer tous les dangers venant du cheval : un cheval trop sur l’oeil, trop nerveux, trop susceptible, dangereux avec les hommes ou les chevaux…

La répugnance d’un cheval à se laisser brider ou monter, et ses autres vices se connaîtront mieux encore, si, le travail fini, on essaie de lui faire tout ce qui se fait avant de commencer ; tous ceux qui, ayant achevé leur travail se montreront prêts à recommencer, donneront par-là une preuve suffisante de leur courage.

Ici c’est le courage du cheval et sa bonne éducation qu’on surveille. L’exercice est simple : une fois que le cheval a accompli tous les exercices demandés, on le ramène à l’écurie, on le déselle et débride, puis on recommence à le brider/seller, et on l’emmène au manège pour voir ses réactions. S’il se laisse faire c’est qu’il a un très bon caractère et une bonne éducation.

En un mot, un cheval bien jambé, doux, assez léger, ayant force, bonne volonté, obéissance surtout, devra être le plus maniable et le plus sûr à la guerre ; mais ceux qui, ou par lâcheté ont besoin d’être poussés, ou par trop de feu, exigent beaucoup de ménagement et d’attention, embarrassent le cavalier dont ils occupent trop les mains, et le découragent dans les dangers.

Ici nous avons la conclusion de cette partie. Il faut donc choisir un cheval jeune, qui a bon caractère et qui répond bien aux mains et aux jambes. Xénophon précise qu’il faut éviter les chevaux « chauds » et les trop mous qu’il faut toujours porter en avant, l’un comme l’autre n’étant pas agréables à la guerre.

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