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Et si nous parlions des aides ….

Aide, signal, demande …… c’est quoi enfin ?

Tentative d’expliquer les aides et quand utiliser les rênes ou les jambes en équitation western et loisirs.

Faut-il prendre les rênes ou la jambe pour faire passer une demande, ou carrément les deux ? Comment marche l’utilisation d’une seule rêne ? Les questions sont aussi nombreuses que les aides pour monter à cheval mais avant de parler de l’utilisation de la rêne ou de la jambe il faut savoir ce qu’est une aide.

Pour le cheval l’aide c’est un signal entre vous et lui, comme un mot de passe, qui est connu et compris par vous deux. Ce n’est pas l’instinct qui va expliquer à notre cheval la signification de l’aide de son cavalier et il ne peut pas le copier chez les autres chevaux. Par contre il sait bien que s’il sent ça, il va toujours se passer ça après. Si le cheval pouvait parler il dirait: il se passait ça et ensuite c’était ça… etc, parce qu’il se rappelle toujours ce qui est à l’origine de quelque chose, dans les deux sens, bon et/ou mauvais.

Pour donner un petit exemple: vous arrivez à l’écurie vers 18 heures, le cheval est dans la pâture. D’abord vous remplissez l’eau et ensuite vous allez chercher du foin pour le donner à votre cheval, ça vous prend 5 minutes. Si cela est votre habitude vous pouvez constater

que votre cheval vous attendra à la clôture, parce qu’il a compris le déroulement de vos actions. Le simple fait d’arriver et remplir l’eau est devenu un signal pour lui de venir pour manger.

Il faut bien expliquer le signal

Pendant l’entraînement de votre cheval il est important de se rappeler que vos aides ou signaux ne sont pas un tour de magie ou d’hypnose qui vont dicter au cheval de faire une certaine action. En fait, une aide donnée – soit par la voix, les rênes ou les jambes – n’a aucune influence sur le cheval jusqu’à ce que vous l’ayez expliquée et fait comprendre à votre cheval ce que vous voulez qu’il fasse. Une bonne raison de souligner maintenant qu’au cas où votre cheval ne répond pas correctement à une aide, il n’est pas forcément désobéissant, mais il n’a simplement pas compris ce que vous demandez ou vous n’avez pas encore suffisamment pratiqué pour qu’il sache comment réagir, peu importe les circonstances.

Imaginez que vous êtes un super joueur d’équipe, mais vous avez loupé le dernier briefing avant le match. Dans ce briefing l’équipe a établi une stratégie de mots secrets, pour tromper l’adversaire. Pendant le match vous allez vous sentir comme un débutant parce que vous n’êtes pas au courant de ce « secret » et vous ne trouvez pas votre place dans l’équipe. Sans avoir compris vous tournez en rond, n’empêche vous êtes un super sportif.

Des boutons préfixés n’existent pas

Comme il n’y a pas de « magie » dans nos aides, il n’existe aucune règle qui dit vous devez faire « ça » pour que votre cheval fasse « ça ». Vous voulez que votre cheval avance plus vite en soufflant sur son oreille ? Rien ne vous empêche de l’entraîner pour qu’il réponde sur ce signal. Une question souvent posée, c’est comment tu fais pour que ton cheval réponde comme ça ? (En espérant que si on fait pareil, ça marchera aussi avec son propre cheval) mais c’est pas comme ça que ça fonctionne. C’est pas mon aide qui dira à mon cheval de faire une certaine action, c’est plutôt le résultat d’un entraînement pendant pas mal de temps qui lui dit « si je fais ce mouvement là, tu réponds comme ça, ok? »

Une bonne comparaison sont les feux de circulation. Tout le monde a appris que le rouge c’est STOP. Au cas où nous aurions appris qu’il faut s’arrêter sur le mauve, ce serait pareil et l’arrêt se ferait sur le feu mauve. Autrement dit, rouge ou mauve ce n’est pas important si nous avons appris à s’arrêter sur LA couleur demandée.

Dès que votre cheval a compris l’aide donnée, il se fait un plaisir de répondre correctement. Il répond pour ainsi mériter sa récompense. Les chevaux sont comme des humains, une récompense en vue c’est une bonne motivation.

Les rênes

Après avoir parlé des aides en général, parlons maintenant des rênes et/ou des jambes.

A mon avis l’outil principal pour communiquer avec notre cheval c’est la rêne, ou guide.

Un peu comme le téléphone, je peux le prendre et faire un appel au cheval pour lui dire ce que je demande. Dès que j’ai l’impression qu’il a compris le message, je raccroche le téléphone, ou dans notre sujet, je pose la rêne.

Normalement je commence à « appeler » avec une rêne, parler à un côté du cheval à la fois, c’est tout ce qu’il faut. En pratique, c’est mon cheval qui réagit sur mon appel dès que je prends la rêne, parce qu’il sait que quand je l’appelle je laisse sonner jusqu’à ce qu’il réponde. Il nous montre sa réponse en suivant la tension, et le moment où sa réponse est juste ou le message est passé, je raccroche le téléphone en posant la rêne.

Il arrive que vous n’ayez rien à demander, alors rien n’empêche de laisser les rênes carrément libres, mais il se peut aussi que vous posiez votre « téléphone » pour demander de suite une autre action.

Si notre cheval a compris que le « prendre la rêne » est le signal pour lui que je demande quelque chose il va faire son possible pour me faire raccrocher et ainsi enlever la tension de sa bouche. Je ne peux pas l’expliquer, mais le cheval sait faire la différence si je prends la rêne pour signaler avec son épaule gauche ou si je pense à demander une action sur la hanche. C’est le phénomène inexplicable qui n’a rien à faire avec la manière de prendre la rêne ou la tension que nous donnons sur les guides.

Beaucoup d’instructeurs nous expliquent cela avec des multiples fonctions de notre corps, position etc, par contre (à mon avis) je ne pense pas vraiment que c’est comme ça que le cheval le sent. La seule chose qui l’intéresse, c’est que je lâche la rêne. Il apprend ainsi que, plus vite il suit la demande, plus vite il nous montre: “Oui j’ai compris ! “, plus vite la tension disparaîtra.

L’importance de cet outil de communication comparé aux autres aides (poids, jambes, position) pour le cheval est son efficacité d’avoir une récompense de suite à la seconde près, dès que le cavalier pose la rêne.

Un exemple qui nous montre ça, c’est quand un cheval nous embarque. Le poids, notre position ou les actions des jambes ne servent à rien, ce n’est qu’avec l’utilisation des rênes qu’il sera possible de l’arrêter. Morale, si nous voulons un cheval qui répond bien à notre appel, mieux vaut travailler avec cet outil de communication quotidien. Plus le cheval est éduqué à répondre aux guides, plus il sera facile de communiquer dans les situations difficiles. En fait il est important de bien utiliser les rênes et de se rendre compte que sur les situations difficiles, la communication efficace ne se fait qu’avec une rêne au lieu des deux.

Comment fonctionnent les mors

Un mors droit (par exemple: pelham), sans brisure, exerce une pression dans la bouche du cheval si vous tirez avec les deux rênes. Le même effet arrive si vous tirez avec les deux rênes sur un mors simple (par exemple: snaffle). Non seulement vous pouvez faire mal à la bouche avec cette technique, mais vous pouvez aussi vous retrouver dans une compétition avec votre cheval: » qui tire le plus ! »

Malins comme nous sommes, nous savons que notre cheval est plus fort que nous et en conséquence beaucoup de cavaliers changent pour un mors à branches qui avec son effet de levier est assez douloureux dans la bouche (il nous donne plus de force) pour que le cheval se laisse manipuler plus facilement. La théorie derrière est simple, si le cheval sent la douleur dans sa bouche devenir plus violente, il doit arrêter ses pieds.

Mais la douleur dans sa bouche n’est pas connectée et n’a ainsi rien à faire avec ses pieds.

Il sait bien qu’il ne peut pas gagner la bataille contre « ce truc dans sa bouche qui fait tellement mal » », par contre il apprend à vivre et faire avec, ….. alors il continue à bouger ou faire à sa tête. Le cavalier va alors encore changer pour un mors plus sévère, plus fort qui fait encore plus mal et qui en principe donnera les mêmes réponses sur un niveau douloureux et n’empêche toujours pas le cheval de prendre le mors ou se coucher dessus.

Une rêne

Par contre, en utilisant seulement une rêne de votre mors simple, snaffle, D-ring, aiguilles et j’en passe, vous pouvez établir une communication sophistiquée ou même contrôler une situation difficile en tournant simplement votre cheval en cercles.

Si vous tirez sur le mors simple avec votre rêne gauche, votre cheval sent une pression sur le côté extérieur droit de sa bouche (pas à l’intérieur). Le cheval va suivre son instinct naturel et il va pousser de son côté vers la droite pour se débarrasser de ce truc gênant.

Pour arrêter un cheval qui n’écoute pas, il nous faut installer une aide qui nous permet de le contrôler physiquement dans chaque situation. Un mors simple, nous donne suffisamment de pression sur une rêne pour que le cheval tourne, sans faire mal. Cela dit, seulement si vous ne tirez pas brusquement, mais avec douceur. Faites attention de lâcher la rêne au moment où votre cheval commence à tourner, même s’il serait nécessaire de tirer encore une microseconde de plus. Ce relâchement momentané montre à votre cheval qu’il est possible de n’avoir aucune pression sur la bouche et en conséquence il est inutile de paniquer.

Voilà comment il faut procéder:

Vous chevauchez en direction du nord, vous tirez (toujours avec modération) votre rêne gauche, tenez la tension jusqu’au moment où le cheval bouge ses hanches vers la droite pour tourner à 90 degrés. Cette action arrête votre cheval momentanément. Continuez l’action plusieurs fois jusqu’à ce que votre cheval s’arrête ou vous donne la vitesse que vous demandez.

Maintenant il est simple de comprendre pourquoi une action comme ça ne peut pas se faire avec deux rênes, car il ne serait pas possible de bouger les hanches sur le côté en utilisant vos deux mains, et nous sommes de retour aux effets qui sont donnés par un mors droit où le cheval a la possibilité d’aller contre le mors.

En dehors de l’utilisation « en cas d’urgence » nous pouvons apprendre à notre cheval à donner sa tête en suivant la tension et faire une flexion. Pour cela le cavalier exerce une tension via une rêne puis lâche totalement et immédiatement dès que le cheval répond. Éduquer notre cheval à répondre à la moindre demande via la rêne c’est comme s’il nous disait, « que puis-je faire pour vous, je suis à votre service ».

Ce système de « une rêne » nous permet de parler avec chaque partie du corps de notre cheval. En mettant la tension sur une rêne le cheval se met dans la position « réceptif » et va bouger sa tête pour suivre la tension, si nous ne relâchons pas la tension, il sait que nous demandons plus de lui. C’est via son nez que sa hanche reçoit le signal de se dépêcher et bouger vite pour que je lui redonne la rêne libre, sans tension.

Le fait d’utiliser une seule rêne c’est comme utiliser un seul téléphone. Il est possible de demander à quelqu’un de faire une chose ou une liste de choses, mais en utilisant seulement une rêne nous permettons à notre cheval de se concentrer sur une chose à la fois au lieu d’interpréter des signaux multiples qui sont envoyés sur tout son corps.

Deux rênes

On dirait maintenant que l’utilisation d’une rêne suffit …. et c’est faux ! Le cheval a appris à répondre au signal de la rêne seule, en utilisant les deux rênes ensemble nous avons deux téléphones en main qui nous laissent donner des signaux sur plusieurs parties pour que nos demandes puissent être affinées pour un meilleur résultat.

L’utilisation des deux rênes en même temps pour demander par exemple un arrêt, c’est comme d’avoir l’ABS en main. Je ne parle pas de la force (surtout pas), par contre ça nous permet de garder le cheval droit, la tête bien devant et le moteur directement derrière nous, au lieu de le trouver sur le côté.

Et les jambes ?

Les aides sont comparables avec l’apprentissage des mots pour les enfants. Admettons que l’enfant doit apprendre que le truc poilu qui fait « miaow » c’est un chat. A partir du moment où l’enfant a bien appris ce mot, nous pouvons lui dire que le « chat » est aussi appellé « minou » et l’enfant va petit à petit arriver à faire la combinaison des deux mots.

En gros c’est exactement ce que nous faisons avec notre cheval. Il apprend que le premier mot c’est le signal des rênes. Quand le cheval a bien appris comment réagir à l’utilisation des rênes, nous pouvons ajouter les aides avec la jambe. Après un certain apprentissage de notre compagnon, il est donc possible de mélanger les deux aides et/ou les utiliser séparément.

Les deux jambes d’abord

Qui d’entre nous n’a pas vu dans les centres équestres des petits enfants sur des poneys taper avec les deux jambes sur les flancs de leur monture. C’est pas pour faire mal, mais ils demandent à leur poney d’avancer. Ce mouvement avec les deux jambes en même temps, c’est toujours notre aide (bien sûr plus discrète) pour signaler à notre cheval d’avancer. Par contre notre cheval ne sait pas automatiquement qu’il faut avancer. Au début de l’entraînement il faut probablement faire un pas après l’autre, alors prendre une rêne, bouger la hanche et de suite après il a fait un pas, avant de pouvoir tourner, changer de côté et refaire la demande. Cette manière de demander droite gauche, droite gauche lui fait comprendre que la réponse sur la pression de la jambe, c’est d’avancer.

Pour expliquer l’utilisation des jambes, voire des talons, je dis toujours qu’il ne faut jamais faire les « kicks » avec force. Comme vous donnez une petite tape sur l’encolure de votre cheval avec la main, c’est comme ça que vous devez utiliser vos jambes, voire talons. En donnant des petits coups rythmés, suivant ses pas, vous signalez à votre cheval de faire plus vite. Pendant vos séances, votre cheval comprendra que vous lui demandez d’avancer plus vite. N’utilisez jamais la force, mais essayez de toujours demander pareil, ni plus fort ni moins. Par contre si votre cheval ne répond pas à vos signaux, il ne faut surtout pas arrêter de donner de la pression, autrement il a compris à carrément ignorer les « kicks ».

Cette manière de demander avec les talons sur les deux côtés restera votre aide pour augmenter la vitesse. Il importe peu si votre cheval augmente sa vitesse si vous vous penchez en avant, ou si vous claquez la langue, des aides comme ça ne seront pas assez fortes au cas où vous avez un petit problème à gérer (le cheval n’a pas envie de s’éloigner de ses camarades, ou il faut quitter la route pour une raison ou l’autre).

Paradoxalement, cette aide de vitesse, s’utilise aussi si vous ralentissez ou même si vous demandez le reculé.

Les chevaux n’aiment pas tellement les aides avec les talons, c’est pour cela que j’utilise plutôt les mollets si je veux demander par exemple des pas sur le côté (sidepass). Avec le soutien d’une seule rêne et le mollet j’apprends à mon cheval à fuir la pression et ainsi répondre à ma demande. Par contre il me faut l’aide de ma guide qui est presque toujours une rêne.

Résumé

Mes aides principales pour communiquer avec mon cheval sont alors:

une rêne pour lui signaler mes demandes et le mettre en réception…..

les deux rênes ensembles (mais toujours séparées) pour affiner son mouvement ou le canaliser tout droit pour un joli arrêt ……..

mes deux talons pour la vitesse ……

et les mollets pour lui faire fuir la pression …….

Les autres aides, comme l’équilibre, le poids, la voix sont aussi importantes pour une bonne communication que l’amour et la patience.

Pour finir mes explications j’aimerais bien vous rappeler les mots de Baucher:

” Il est rare que les défenses aient d’autres causes que la faiblesse du cheval ou l’ignorance du cavalier.”

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