Soins à l’écurie

Lorsque, satisfait d’un cheval, on l’aura acheté et conduit chez soi, il sera bon que l’écurie soit d’abord tellement située que le maître y puisse avoir l’oeil, et voir son cheval le plus souvent possible, puis construite de manière qu’il soit aussi difficile de dérober au cheval sa nourriture au râtelier, qu’au maître la sienne du buffet.

Première considération pour Xénophon : l’écurie doit être facile d’accès depuis l’habitation mais protégée des voleurs.

Qui néglige ces soins, à mon sens, se néglige soi-même ; car il est clair qu’à la guerre l’homme confie sa vie à son cheval, et ce n’est pas seulement à raison de la nourriture qu’il faut une écurie sûre, mais afin que si l’animal rend son grain sans le digérer, on s’en aperçoive promptement : ce qu’ayant reconnu, on s’assurera si le mal provient ou de trop de sang qui empâte la bouche, et l’on y remédiera; ou d’un excès de fatigue, et alors on le laissera reposer ; ou enfin si c’est une fourbure, ou quelque autre incommodité qui se déclare ; car aux chevaux comme aux hommes, tout mal, à son commencement, est plus facile à guérir que lorsqu’il a fait des progrès et s’est répandu par tout le corps.

Là Xénophon parle de la surveillance élémentaire : il faut détecter au plus vite un problème de digestion (surtout que le cheval est très sensible). Ainsi il faut vite essayer de trouver la cause le plus rapidement possible pour ne pas que tout dégénère. Le texte a 2400 ans mais on connaît déjà la fourbure, l’excès de fatigue, et le coup de sang.

Mais en même temps qu’on s’occupe de sa nourriture et de ses exercices pour lui fortifier le corps, il faut former aussi ses pieds : or, les écuries dont le sol est humide ou uni gâteront la meilleure corne ; mais celles où l’on a pratiqué des écoulements, pour ôter l’humidité, et qu’on a pavées (pour que le sol ne fût pas uni) de pierre grosses à peu près comme le sabot, ces écuries-là d’abord durcissent la corne, qui pose continuellement sur ce pavé ; puis, comme le palefrenier devra panser le cheval dehors, et après le déjeuner l’ôter du râtelier, pour qu’il revienne souper avec plus d’appétit, dans cet endroit là on le panse et l’attache hors de l’écurie, le pied se fortifiera encore, si l’on y fait verser quatre ou cinq tombereaux de pierres rondes, de grosseur à emplir la main, et contenues par un entourage de fer pour les empêcher de se répandre : le cheval étant à cette place, ce sera comme s’il marchait tous les jours quelques heures dans un chemin plein de cailloux ; car, soit qu’on l’étrille, soit que les mouches le piquent, il battra du pied, de même qu’en marchant, sur ces pierres mobiles et roulantes qui affermiront la fourchette. S’il est nécessaire de durcir la corne, il ne l’est pas moins d’amollir la bouche : les mêmes choses qui amollissent la chair de l’homme produisent cet effet sur la bouche du cheval.

– Premier point : durcir le pied. Les chevaux n’étant pas ferrés, c’était obligatoire pour pouvoir ensuite les monter sur du tout terrain à la guerre. Pour cela Xénophon propose une méthode encore utilisée aujourd’hui par les adeptes des pieds nus : mettre des gros cailloux rond dans les endroits où le cheval passe le plus de temps. Dans ce texte Xénophon conseille les cailloux pour l’écurie car on n’en faisait pas en béton comme aujourd’hui (et que les chevaux ne vivent pas au pré : ce ne sont que des étalons !).

– Deuxième point : adoucir la bouche (on revient à la croyance que bouche dure = problème des tissus de la bouche). On conseille ici ce qui ramollit le corps des hommes, donc les massages à l’huile ou ce genre de choses.

Un autre objet d’attention pour le cavalier, c’est que le palefrenier soit instruit des soins qu’il doit donner au cheval. Il faut qu’il sache premièrement que le licol d’écurie ne se doit jamais nouer à l’endroit où se porte la têtière, parce que souvent le cheval en se grattant la tête contre la mangeoire, si le licol n’est pas bien mis autour des oreilles, il s’écorche, et cette partie une fois blessée, il ne se peut que le cheval ne devienne ensuite difficile à brider et à panser. Il est bon de prescrire encore au palefrenier d’enlever chaque jour le crottin et la litière, qu’on amassera dans un endroit séparé : au moyen de cette attention, il aura lui-même moins de peine, et le cheval s’en portera mieux. Le palefrenier doit savoir aussi lui mettre la muselière lorsqu’il le fait sortir, soit pour le panser, soit pour le mener à l’endroit où il se poudre. En un mot, il faut le museler toutes les fois qu’il sort sans être bridé ; car la muselière ne lui gène point la respiration, l’empêche de mordre, et lui ôte plus que nul autre moyen tout pouvoir de nuire par malice.

Le palefrenier doit savoir s’occuper d’un cheval pour être utile et pour cela, Xénophon conseille que celui-ci sache au moins 3 choses :

– que le licol ne s’attache pas derrière les oreilles (il y a 2400 ans on n’avait pas de licols « tous prêts » comme aujourd’hui, ils étaient fabriqués ou plutôt bricolés et en corde ou cuir et se nouaient. Le nœud doit donc être bien placé (on attache d’ailleurs toujours les chevaux sur le coté actuellement, aucun licol ne propose une attache sur la tête).

– la litière doit être propre et nettoyée chaque jour, le fumier devant être stocké à part

– qu’il faut mettre la « muselière » lorsque le cheval sort. On en vend encore aujourd’hui pour aider les chevaux « trop gros » à manger moins dehors ou pour les chevaux malades (coliques) : c’est une sorte de panier que l’on fixe sur le licol par des montants et qui couvre le bout du nez, de manière à ce que le cheval ne puisse manger. Vu qu’ici on a affaire à des étalons, cela élimine le problème des morsures. Aujourd’hui on ne les utilise plus pour empêcher un cheval de mordre (enfin, pas à ma connaissance).

Petite note : on parle de l’endroit « où il se poudre ». Alors non, on ne maquille pas le cheval, mais pour qu’il puisse éloigner les insectes, on lui propose d’aller se rouler dans un sable fin. C’est cette action de roulage dans ce sable que l’on appelle le poudrage.

Il faut l’attacher au-dessus de la tête, car tout ce qui l’incommode autour de la face, il cherche à s’en débarrasser, et secoue la tête en la levant en haut, mouvement qui tend à relâcher le lien plutôt qu’à le rompre, lorsqu’il est placé comme nous l’avons dit.

Là encore, on retrouve une règle connue dans le milieu de l’équitation (mais rarement respectée) : il faut toujours attacher les chevaux à un anneau au moins aussi haut que le garrot, voir plus haut (comme les lignes d’attache en hauteur). Cela évite les prises de longe et élimine souvent le problème des chevaux qui tirent au renard (vu que la longe se détend quand ils lèvent d’un coup la tête).

Pour le panser, on commencera par la tête et la crinière, car de nettoyer le bas avant que le haut fût propre, ce serait sottise. On peut, sur le reste du corps, employer tous les instruments de pansement, d’abord à rebrousse poil, puis en époussetant dans le sens du poil ; mais sur l’épine du dos, il ne faut se servir que de la main, en frottant et adoucissant le poil dans son sens naturel : ainsi faisant, on ne risque point de blesser cette partie.

Tout d’abord Xénophon indique bien qu’il faut nettoyer le cheval de haut en bas, ce qui est logique : la saleté qu’on élimine descend et si on nettoie le bas d’abord, on le resalit en nettoyant le haut… Ensuite il dit bien de nettoyer d’abord à rebrousse poil, puis dans le sens du poil, à l’exception du dos : comme c’est l’endroit où on s’assoit, il faut vraiment qu’il ne soit pas blessé (ce qui rendrait le cheval inutilisable) et on n’y donne qu’un coup de main. De plus, cela évite d’appuyer sur une zone sensible avec une brosse.

Il faut simplement laver la tête avec de l’eau ; car, comme elle est toute osseuse, en la nettoyant avec le fer ou le bois, on chagrinerait le cheval. Il faut mouiller le toupet, car ses crins, devenant d’une bonne longueur, n’empêchent point le cheval de voir, et lui servent à écarter les insectes qui l’incommodent autour des yeux. Il est même à croire que la nature les a voulu donner au cheval au lieu de ces longues oreilles qu’on les ânes et les mulets pour la défense de leurs yeux.

La tête ne se brosse pas comme le corps, on ne la nettoie qu’avec de l’eau (et une éponge). Le toupet doit être mouillé mais non brossé, pour ne pas le casser. Cela permet au cheval de chasser les mouches facilement (ne pas oublier qu’en Grèce, les insectes piqueurs sont nombreux).

On lavera aussi la crinière et la queue ; car il est bon que tous les crins deviennent longs et touffus ; ceux de la queue, afin qu’atteignant plus loin, ils servent au cheval à chasser les mouches ; ceux du col, pour donner plus de prise au cavalier : d’ailleurs ce sont présents que les dieux ont faits au cheval pour sa parure (le toupet, la queue, la crinière) et desquels dépend sa fierté : et qu’il soit vrai, les juments, au haras, ne se laissent point saillir par des ânes tant qu’elles ont tous leurs crins ; d’où vient que l’on tond pour la monte les cavales destinées à produire des mulets.

Ici, on applique le même traitement aux crins et à la queue, toujours pour les mouches (pour la queue) mais aussi pour le cavalier, qui doit tenir sans étriers (et sans selle) sur un cheval au galop dans toutes les situations. Une longue crinière est donc une aide agréable.

Par contre Xénophon parle ensuite d’une croyance populaire qui dit que les juments refusent les ânes (pour faire des mules) tant qu’elles ont tous leurs crins, mais que si on les rase, alors elles acceptent les ânes pour les saillies…

Laver les jambes ne sert de rien, et cette irrigation journalière gâte la corne : ainsi c’est un usage que nous interdirons. On peut encore se dispenser de nettoyer trop soigneusement le dessous du ventre, opération qui chagrine beaucoup le cheval, plus cette partie est nette, plus les mouches s’y portent et tourmentent l’animal ; d’ailleurs, quelque peine que l’on se donne pour nettoyer le dessous du ventre, le cheval n’est pas plutôt dehors qu’il n’y paraît plus ; il faut donc laisser cela.

Là encore on retrouve quelque chose que l’on pense encore aujourd’hui dans le monde des pieds nus : trop mouiller les pieds est mauvais, la corne devient molle et vu que le cheval n’est pas ferré, elle va s’user prématurément.

Ensuite Xénophon conseille de ne pas nettoyer le dessous du ventre pour protéger le cheval. Sachant qu’il n’y a pas de sangles passant sous le ventre, il n’y a aucun risque pour le cheval.

C’est assez de frotter les jambes avec la main seulement ; et pour montrer de quelle manière cette opération se peut faire très bien et sans danger, nous dirons que si on se place la tête tournée du même côté où regarde le cheval, on risque d’être frappé de la corne ou du genou au visage ; mais si, au contraire, regardant à l’opposite du cheval, hors de la ligne des jambes, on s’accroupit vers l’omoplate, on n’aura rien du tout à craindre, et on pourra nettoyer la fourchette en levant le pied de terre : on aura le même soin des pieds de derrière.

Comme la tête, les jambes ne se brossent pas comme le reste du corps, on ne passe qu’un coup de main pour enlever la saleté (rappel : les grecs vivent rarement dans la boue comme nous en hiver, donc leurs chevaux sont sûrement aussi bien moins sales…).

Ensuite Xénophon explique comment tenir les pieds pour les curer et… c’est exactement la façon qui est apprise encore aujourd’hui (se mettre dos au cheval).

En général, pour cela et pour toute autre chose, le palefrenier doit savoir qu’il faut, le moins qu’on peut, approcher le cheval par derrière et par devant : car dans ces deux sens, s’il veut nuire, il est plus fort que l’homme ; mais c’est en l’approchant de côté qu’on aura le plus de sûreté à lui faire ce qu’on l’on voudra.

Là encore, une règle de sécurité encore appliquée : on n’approche pas un cheval par derrière. De plus, surtout dans le cas d’étalons, on ne s’approche pas non plus directement de face (les hongres et les juments ont tendance à s’éloigner si on les approche par devant, un étalon peut se sentir agressé et riposter par des coups de dents ou d’antérieurs).

S’agit-il de conduire le cheval en main ? le mener derrière soi est une manière que nous n’approuvons pas, parce qu’ainsi on peut moins aisément s’en garder, et il est plus maître de faire ce qu’il veut. Lui apprendre à marcher devant, tenu par une longe d’une certaine longueur, ne vaut pas mieux pour d’autres raisons ; car, de la sorte, d’abord le cheval peut faire du mal à droite et à gauche, et même en se retournant faire tête à son conducteur ; puis plusieurs chevaux ensemble étant conduits de cette manière, comment pourrait-on les empêcher de se battre ? Mais un cheval habitué à être mené de côté ne pourra blesser ni homme ni chevaux, et se présentera très bien au cavalier, dans le cas même où il faudrait monter de plein saut.

Là, Xénophon conseille de mener les chevaux en se tenant au niveau de leur épaule, de manière à plus les surveiller. Cela est contredit aujourd’hui (on demande à mener avec le cheval derrière soi), mais on a rarement affaire à des étalons, et surtout on ne doit jamais monter « en cours de route ». Là, le meneur, en restant à coté, peut monter facilement et directement sans arrêter sa progression. C’est d’ailleurs cette façon de mener les chevaux qui est utilisée en pony games pour les jeux où le cavalier est à pied (donc les rênes restent sur l’encolure et le cavalier court à coté de son poney, puis monte en plein galop).

Pour bien brider le cheval, le palefrenier premièrement l’approchera par la gauche ; ensuite, passant les rênes par-dessus la tête, il les posera sur le garrot ; puis il prendra la têtière avec la main droite, et de la gauche présentera le mors à la bouche du cheval ; bien entendu que s’il le reçoit sans difficulté, il faudra le coiffer : mais s’il n’entrouvre pas la bouche, il faut, en même temps qu’on applique le mors contre les dents, introduire à l’endroit des barres le grande doigt de la main gauche ; la plupart cèdent à cela et ouvrent la bouche : mais s’il résistait encore, on pressera la lèvre contre le crochet ; il en est bien peu que ce moyen n’oblige à desserrer les dents.

Ben là, rien à dire, on dirait un manuel d’équitation actuel, à la rubrique « mettre le filet ». La procédure a donc plus de 2400 ans et n’a pas bougé d’un pouce…

Le palefrenier saura de plus qu’il ne faut jamais mener le cheval par une des rênes, cela gâte la bouche. On lui apprendra aussi comment le mors doit être placé, à quelle distance des dents molaires : trop haut il blesse la bouche (c’est-à-dire les lèvres), qui deviendra calleuse et par conséquent moins sensible ; trop bas, le cheval pourra le saisir avec les dents et forcer la main. Ce sont là des choses qui méritent toute l’attention et les soins du palefrenier ; car cette docilité à recevoir le mors est une qualité si essentielle au cheval, qu’avec le vice contraire il ne peut servir à rien. Lui mettant d’ordinaire la bride non-seulement pour travailler, mais encore au moment de prendre sa nourriture ou de rentrer à l’écurie après sa leçon finie, on le verra bientôt saisir de lui-même le mors dès qu’on lui présentera.

Trois choses ici :

– d’abord on ne mène jamais le cheval par une seule rêne, ce qui tire sur un seul coté, car cela, d’après Xénophon, abîme la bouche (encore cette croyance sur la bouche dure…). A la place, on utilise une longe attachée sur la muserolle ou sur les deux anneaux (à la manière de la mécate des westerners).

– ensuite il faut placer le mors ni trop haut ni trop bas dans la bouche. Les raisons sont parfois discutables, mais en tous cas on ne peut qu’être d’accord avec le résultat

– enfin il faut travailler sur l’acceptation du mors, et si le cheval ne prend pas facilement le mors, le faire manger avec ou lui mettre lors des phases de détente est une aide précieuse utilisée par de nombreux professionnels pour débourrer des chevaux encore actuellement.

Il est encore bon que le palefrenier sache tenir le pied à la manière des Perses, afin que son maître, devenant vieux ou incommodé, ait toujours le moyen de monter à cheval sans peine, et puisse, quand il voudra, prêter ce secours à quelqu’un, ayant un homme instruit à cela.

Ici on parle pour un bref moment du montoir : lorsque le maître se fait plus vieux (ou s’il est aussi souple que moi), il aura du mal à monter à cru seul. Dans ce cas, il lui faut un homme pour lui faire la courte échelle, que l’on appelle ici « tenir le pied à la manière des Perses ».

Avec les chevaux, ne rien faire par colère, c’est la première de toutes les règles et la loi qu’on doit s’imposer ; car la colère ne prévoit rien, et ce qu’elle fait faire est presque toujours suivi du repentir.

Celle-là, il faut l’encadrer dans toutes les écuries…

Quand un cheval a peur de quelque objet et n’en veut point approcher, il faut seulement lui montrer que cet objet n’a rien de dangereux, surtout si c’est un cheval naturellement courageux ; sinon il faut toucher soi-même ce qui l’effraie, en l’amenant doucement auprès. L’en faire approcher en le maltraitant, c’est augmenter sa peur et le rendre plus vicieux ; car alors un cheval attribue à l’objet qu’il craint le mal qu’il éprouve.

Celle-là aussi d’ailleurs

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