En effet, je suis allé dans les gorges du Tarn, et dans les Causses (en Lozère, France). C’est une région superbe, et les paysages sur les causses (plateaux) sont très différents de ceux des gorges. Et sur un de ces causses se trouve le petit hameau du Villaret.
Jusque là, rien d’exceptionnel, si ce n’est que ce hameau a été racheté par l’association TAKH, qui est le nom du cheval en Mongolie. Et sur les terres autour du hameau se trouve l’unique élevage en semi-liberté de chevaux de Przewalski de France!

Le cheval de Przewalski
Le cheval de Przewalski fait partie des 7 dernières races d’équidés sauvages. Les autres sont : 3 races de zèbres (le zèbre de Grévy, de Montagne et celui de Plaine, tous les trois africains), 2 ânes (l’âne sauvage d’Asie et celui d’Afrique), et le Kiang, qui vit en Inde/Népal.

Ce cheval est en fait l’ancêtre du cheval domestique, et ressemble trait pour trait aux chevaux que l’on trouve dans les grottes. En effet, lors des dernières glaciations, ce cheval se trouvait sur presque toute l’Europe et l’Asie. Il diffère du cheval domestique par de nombreux points, le principal étant qu’il ne possède pas 64 chromosomes comme les autres chevaux, mais 66! C’est la domestication du cheval qui aurait amené à la fusion de deux paires de chromosomes et qui aurait donné le cheval actuel.

La ressemblance avec les chevaux préhistoriques est frappante (ici il s’agit de la grotte de Lascaux).
En plus de cette différence génétique, le cheval de Przewalski possède d’autres attributs spécifiques :
il est toujours bai avec une raie de mulet, le ventre et le bout du nez plus clair
il possède souvent des zébrures sur les membres
sa crinière pousse droite et ne fait qu’une dizaine de centimètres de haut
il n’a pas de toupet
et mesure moins d’1m40.
Malgré les tentatives effectuées, personne ne put durablement débourrer un cheval de Przewalski. Ils étaient donc croisés avec des chevaux domestiques même en Mongolie, pour être montés.
Sa disparition
Avec la fin des glaciations et la chasse dont il fut victime, le cheval de Przewalski disparut peu à peu d’Europe, et se retrancha en Mongolie. Les Européens pensaient donc la race disparue. Pourtant, en 1879, un Russe ramène une peau de ce cheval et lui donne alors son nom, Przewalski. Il faut cependant noter que les Mongols cotoyaient et connaissaient ce cheval, qu’ils appelaient TAKH, depuis fort longtemps, et qu’ils l’utilisaient même en croisement pour améliorer leurs chevaux de course.
Toutes les animaleries et les collectionneurs d’animaux désirent alors avoir un exemplaire vivant chez eux, pour le montrer (c’était une mode). Mais voilà, ce cheval est sauvage et ne se laisse pas attraper. Qu’importe, des hommes iront tuer des troupeaux entiers, juste pour pouvoir récupérer les poulains plus dociles et les ramener en Europe et en Amérique. Le trajet étant long, de nombreuses bêtes mourront dans le transport, et on estime au final que pour 1 animal arrivant en Europe, il y avait eu plus de 50 animaux morts (40 pour attraper le poulain et 10 pour le transporter) !
A cette vitesse la race disparaît rapidement de Mongolie, et le dernier cheval sauvage y est aperçu en 1970. Depuis, la dernière race de chevaux sauvages n’existait que grâce aux divers individus conservés dans les zoos… On estime à 1600 individus aujourd’hui le nombre de chevaux en captivité, descendant de 13 individus fondateurs.
Les tentatives de réintroduction
A la suite de la disparition des chevaux sauvages des plateaux mongols, de nombreuses tentatives de réintroduction furent tentées. La grande majorité échouèrent. En effet, les animaux étaient choisis dans les zoos, où ils avaient perdu tout comportement grégaire, et lâchés directement en Mongolie. Entre les bagarres trop dures, le manque d’adaptation à la vie en liberté et la présence des loups, la plupart des chevaux lâchés moururrent rapidement.
Le projet de l’association TAKH

L’association Takh a pour but la réintroduction du cheval de Przewalski dans son milieu naturel. Cependant avant de lâcher des animaux non adaptés, il fut choisi d’élever un troupeau de chevaux sur les causses Méjean. En effet, le climat et les paysages sont très proches de ceux que les chevaux rencontreront en Mongolie, à la différence des températures hivernales plus clémentes.

11 individus furent sélectionnés dans différents zoos pour leur distance génétique (de manière à limiter la consanguinité) et lâchés dans un parc de 400 hectares. Les hommes n’interviennent pas : les chevaux ne sont pas nourris, pas parés, pas vaccinés ni vermifugés, de manière à les habituer à leur future vie. Le premier troupeau fut donc créé en 1990 au Villaret.
Cependant les premiers individus avaient perdu tout comportement grégaire. Les bagarres furent très rudes entre les étalons, et ceux-ci allaient même jusqu’à tuer certains poulains, vus comme des rivaux. De leur côté, les juments avaient pour la plupart perdu l’instinct maternel. Cependant, après plusieurs années et quelques générations, les comportements déviants furent naturellement éliminés. Les chevaux vivent maintenant dans une certaine harmonie, des combats ayant toujours lieu.

On trouve un troupeau de chevaux célibataires, trop jeunes ou trop vieux pour essayer de fonder une famille, et différentes familles vivant sur le parc. Chaque famille est composée d’un étalon, d’une à plusieurs juments, et de leurs poulains. Les familles vont de 3 à 6 individus environ.


La réintroduction en Mongolie
En 1994 et 1995, vu le grand nombre de chevaux présents sur les causses, deux réintroductions eurent lieu, ce qui fait au total 22 individus relâchés en Mongolie. Les individus ne furent pas choisis au hasard : il s’agissait de familles stables, de manière à conserver des liens sociaux entre les animaux relâchés.
Le voyage dura 40h et les chevaux furent transportés dans des boîtes de transport faites sur mesure pour eux (avec une visée laser). Ils ont donc voyagé debout et réveillés. En Mongolie ils ont été tout d’abord relâchés dans un parc d’acclimatation avec un abri avant d’être mis en liberté. Ils restent cependant sous la surveillance de « gardes » qui sont des Mongols à cheval. Depuis les lâchages, aucun animal n’est mort, et seuls les chevaux des gardes furent attaqués par les loups, preuve que la réintroduction non pas d’individus isolés mais de familles avait un sens.
Les premiers poulains devraient naître cette année ou l’année prochaine en Mongolie (les juments ayant subi un traitement contraceptif pour plusieurs années avant leur départ, de manière à leur laisser un temps d’acclimatation aux rudes hivers). Et en Lozère vivent aujourd’hui 37 individus qui serviront de base pour de futures réintroductions et de troupeau « de sauvegarde » au cas où les animaux en Mongolie seraient décimés (hiver trop rude, épidémie…).

Toutes les photos ont été prises sur le Causse. Et je remercie le membre de l’association présent sur place pour ses explications, ainsi que l’association TAKH pour ses nombreux panneaux d’affichage.
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