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Se former à l’ostéopathie animale : entre rêve, budget et dérives

Si vous avez déjà cherché une formation en ostéopathie animale, vous savez que c’est un sacré parcours du combattant. Pas tant à cause des cours eux-mêmes, mais à cause du bazar qui entoure le secteur. Entre les écoles qui fleurissent comme des champignons, les tarifs qui filent vers la stratosphère, et les promesses parfois très éloignées de la réalité, on a vite fait de se sentir perdu.
Pourtant, le métier est beau. Qui n’a jamais rêvé de soulager son cheval ou son chien par des gestes précis, de comprendre son corps dans sa globalité, d’exercer un métier de terrain au contact du vivant ? Le problème, c’est que passer de la passion à la profession relève parfois du casse-tête.

Un secteur qui a explosé… un peu trop vite ?

Il y a quelques années, se former à l’ostéopathie animale en France, c’était quasi mission impossible. Puis la loi a évolué. Depuis 2011, les non-vétérinaires peuvent légalement pratiquer certains actes d’ostéopathie animale, à condition de réussir un examen d’aptitude organisé par l’Ordre des vétérinaires (le fameux RNA). Une avancée. Sauf que cette ouverture a déclenché une ruée.
En 2017, on comptait neuf écoles. À la rentrée 2023, on en dénombrait vingt-six, pour plus de 2 400 élèves . Vingt-six écoles privées, payantes, sans agrément d’État, sans contrôle centralisé, et souvent sans référentiel de formation commun. Résultat : l’hétérogénéité est flagrante. “Quelques-unes essayent de faire les choses correctement et les autres ont plein de lacunes”, résume sans détour le Collectif des ostéopathes animaliers .
Certaines formations ne mentionnent même pas l’examen du RNA à leurs élèves. Nis le fait majeur que ce RNA ne donne en aucun cas le droit d’utiliser le titre d’ostéopathe, légalement réservé aux ostéopathe D.O (humains), mais uniquement le droit de pratiquer l’ostéopathie sur les animaux. D’autres vendent des cursus par correspondance ou en ligne, comme si l’on pouvait apprendre à palper un cheval derrière un écran. Dans ce contexte, le diplôme délivré n’est qu’un diplôme d’école, sans valeur officielle. La seule reconnaissance qui compte malheureusement en France, c’est l’inscription au RNA, depuis la mainmise des vétos sur cette discipline. Et là, les chiffres sont implacables : seuls 48 % des candidats réussissent du premier coup .
Notons l’exception française qui est parmi les rares pays à assimiler l’ostéopathie animale à un acte vétérinaire (mais les vétos voulaient fut un temps exiger une prescription pour… les maréchaux !!!) alors que la loi ne définit en aucun cas l’ostéopathie humaine comme un “acte médical” qui serait soumis à l’ordre des médecins….

Le coût de la passion

Parlons franc. Se former à l’ostéopathie animale, c’est un investissement considérable. Comptez en moyenne entre 8 000 et 10 000 euros par an , soit facilement 45 000 à 50 000 euros sur l’ensemble d’un cursus de cinq ans. Et ce n’est pas tout. Une fois le diplôme en poche, il faut ajouter les frais de l’examen RNA (près de 1 400 euros), auxquels s’ajoutent parfois des déplacements, du matériel, et les coûts liés aux stages.
Si vous échouez à une épreuve — ce qui arrive à plus de la moitié des candidats — préparez-vous à attendre. Six mois, parfois un an, avant de pouvoir repasser, avec la file d’attente qui s’allonge . Autant de temps pendant lequel vous avez payé votre formation, mais ne pouvez pas encore exercer.
Dans ce contexte, la tentation est grande pour certaines écoles de vendre du rêve à prix d’or, sans garantie de résultat. Pas étonnant que des rapports officiels s’inquiètent d’une saturation future du marché et appellent de leurs vœux une meilleure régulation du secteur .

Quand les pionniers remettent les pendules à l’heure

Dans ce paysage un peu brouillon, il est rassurant de voir que certains des acteurs historiques restent aux manettes. Guy Theunynck, ostéopathe D.O. et figure pionnière de l’ostéopathie animale en France, a structuré la discipline dès les années 1990, à une époque où personne ne savait encore très bien ce que c’était. C’est lui qui a posé les premières bases sérieuses, qui a œuvré pour la reconnaissance légale, qui a formé des générations de praticiens quand le secteur n’était encore qu’un terrain vague.
Aujourd’hui, il porte un nouveau projet : l’AEMOA (Académie Européenne de Médecine en Ostéopathie Animale). Gageons que l’un des principaux fondateurs de la discipline en France saura apporter tout le sérieux et l’exigence nécessaires à un secteur qui en a bien besoin. Parce qu’entre les écoles-boutiques et les formations en ligne, il était temps qu’une voix historique et experte rappelle que l’ostéopathie animale est avant tout un métier de terrain, de science, et de contact vivant.

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